Crises d’angoisse
Trouble panique
Le trouble panique associe des attaques de panique récurrentes et inattendues à une anxiété anticipatoire persistante, la peur d’avoir peur, sans nécessairement s’accompagner d’agoraphobie.
Le quotidien de Nicolas : vivre aux aguets
Nicolas a 23 ans. C’est un jeune homme dynamique, apprécié de ses collègues de bureau. Pourtant, depuis six mois, sa vie est devenue un parcours du combattant silencieux. Tout a commencé un mardi après-midi, alors qu’il assistait à une réunion tout à fait ordinaire. Soudain, sans aucune raison apparente, son cœur s’est mis à battre la chamade, une sensation d’étouffement l’a submergé, et ses mains sont devenues glacées et tremblantes. Convaincu qu’il était en train de faire une crise cardiaque, Nicolas a été pris d’une terreur absolue de mourir. L’épisode a atteint son maximum en moins de dix minutes avant de redescendre lentement.
Depuis ce jour, la tempête s’est calmée physiquement, mais une autre menace s’est installée : la peur d’avoir peur. Nicolas ne craint pas particulièrement de prendre le métro, d’aller au supermarché ou de se retrouver dans la foule, il ne souffre pas d’agoraphobie. En revanche, il vit dans la surveillance constante et obsessionnelle de son propre corps. Un battement de cœur un peu plus fort ? Un léger vertige en se levant ? Immédiatement, son esprit s’emballe : « Et si la crise recommençait ici, maintenant ? » Nicolas a arrêté de faire du sport, évite de boire du café, et s’assure d’avoir toujours sur lui son téléphone chargé pour pouvoir appeler les urgences à tout moment. Il passe ses journées à vérifier son pouls, prisonnier d’un corps qu’il ressent désormais comme une bombe à retardement.
Qu’est-ce que le trouble panique sans agoraphobie secondaire ?
Pour bien comprendre cette pathologie, il faut d’abord décrypter ses deux composantes clés selon les critères cliniques du DSM-5 :
- des attaques de panique récurrentes et inattendues : le patient subit des montées soudaines et brutales de terreur ou d’inconfort intense sans déclencheur évident au moment de la survenue, par exemple en se réveillant en sursaut la nuit ou en se relaxant dans son canapé ; ces crises durent généralement quelques minutes et associent au moins quatre symptômes physiques et cognitifs majeurs (palpitations, tremblements, vertiges, paresthésies, déréalisation, peur de mourir ou de devenir fou)
- l’anxiété anticipatoire, la crainte de la crise : suite à ces crises, le sujet présente pendant au moins un mois une inquiétude persistante quant à la survenue d’autres attaques ou de leurs conséquences dramatiques (peur d’un arrêt cardiaque, de perdre le contrôle, d’être embarrassé en public) et modifie son comportement de façon inadaptée pour tenter d’éviter une nouvelle crise (arrêt du sport, évitement de certains aliments)
La distinction cruciale avec l’agoraphobie
Pendant longtemps, la psychiatrie a considéré l’agoraphobie comme une simple complication systématique du trouble panique. Le DSM-5 a modernisé cette vision : le trouble panique et l’agoraphobie sont désormais deux diagnostics distincts et indépendants.
L’agoraphobie est la peur ou l’évitement actif d’au moins deux situations spécifiques (transports publics, espaces ouverts, lieux clos, files d’attente ou foules, ou sortir seul de chez soi) par crainte de ne pas pouvoir s’échapper ou d’être secouru en cas de crise. Dans le trouble panique sans agoraphobie, le patient n’évite pas ces situations de manière élargie. Nicolas peut aller au cinéma ou prendre le train sans angoisse liée au lieu lui-même. Sa peur n’est pas spatiale, elle est intéroceptive : il redoute la sensation physique elle-même, peu importe où elle se produit, et concentre ses efforts d’évitement sur des facteurs physiologiques, comme les efforts physiques, les stimulants tels que la caféine, ou les variations de température.
Quelques chiffres clés sur le trouble panique
Le trouble panique est une réalité médicale lourde et fréquente qui ne doit pas être minimisée :
- sa fréquence : aux États-Unis et en Europe, on estime que la prévalence du trouble panique sur un an oscille entre 2 % et 3 % chez les adultes et les adolescents
- qui est touché : comme la majorité des troubles anxieux, il affecte principalement les femmes, avec un ratio d’environ deux femmes pour un homme
- l’âge de début : particulièrement précoce, se situant majoritairement entre 20 et 24 ans ; son apparition durant l’enfance ou après l’âge de 45 ans reste très inhabituelle
- son évolution : s’il n’est pas pris en charge, le trouble panique a tendance à s’installer de manière chronique mais fluctuante, alternant des phases de rémission temporaires et des flambées aiguës liées au stress de la vie quotidienne
D’où vient le trouble panique ? Les facteurs favorisants
La survenue d’un trouble panique n’est pas le signe d’une faiblesse de caractère. C’est une pathologie multifactorielle complexe :
- la génétique et la neurobiologie : les études cliniques démontrent que de multiples gènes confèrent une vulnérabilité au trouble ; les personnes ayant des parents souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires présentent un risque nettement accru ; au niveau cérébral, les recherches mettent en évidence une hypersensibilité de l’amygdale, le centre de la peur du cerveau, et des dysfonctionnements des circuits neuronaux associés ; certains patients présentent également une sensibilité biologique accrue au dioxyde de carbone
- le tabagisme : fumer du tabac est un facteur environnemental scientifiquement démontré qui augmente significativement le risque de développer des attaques de panique et un trouble panique
- les facteurs de stress environnementaux : la grande majorité des patients rapportent des événements de vie majeurs ou des sources de stress interpersonnels et physiques intenses (perte d’un emploi, deuil, maladie dans la famille, mauvaise expérience avec des substances) dans les mois précédant leur première crise
S’auto-diagnostiquer efficacement : êtes-vous concerné ?
Il est fondamental de distinguer une angoisse passagère du véritable trouble panique pour pouvoir s’orienter correctement :
- la nature inattendue des crises : les attaques de panique doivent survenir de manière récurrente sans cause évidente, comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, y compris durant des moments de calme ou de sommeil (attaques de panique nocturnes)
- l’hypervigilance corporelle : passer une grande partie de ses journées à scruter ses battements cardiaques, sa respiration ou de légers étourdissements avec la crainte panique qu’ils annoncent une catastrophe est un signe clinique majeur
- l’impact sur le fonctionnement : si la vie professionnelle, sociale ou familiale est altérée parce que l’on réorganise ses activités pour éviter l’effort physique ou pour s’assurer d’avoir toujours de l’aide médicale à portée de main, le seuil de la pathologie est franchi
Ne pas confondre : les diagnostics différentiels
Avant de poser un diagnostic de trouble panique, un médecin doit impérativement éliminer d’autres pistes médicales ou psychiatriques :
- les affections médicales réelles : certaines maladies physiques peuvent imiter à s’y méprendre une attaque de panique, comme l’hyperthyroïdie, le phéochromocytome (tumeur bénigne de la glande surrénale), des troubles vestibulaires liés à l’oreille interne, ou des pathologies cardiopulmonaires (arythmies, tachycardies, asthme) ; des examens complémentaires (bilans sanguins, ECG) sont indispensables pour écarter ces pistes
- l’anxiété de séparation : une personne peut faire une crise d’angoisse majeure à l’idée d’être séparée de ses proches, mais ici l’anxiété est focalisée sur le bien-être de la figure d’attachement, et non sur la peur de la sensation physique de panique elle-même
- l’anxiété sociale : les attaques de panique peuvent survenir en public, mais dans l’anxiété sociale, la peur centrale est celle du jugement négatif ou de l’humiliation face aux autres, tandis que dans le trouble panique, la peur concerne les conséquences de la crise elle-même (mourir, s’évanouir)
- le trouble de dépersonnalisation/déréalisation : bien que les sentiments d’irréalité soient fréquents au cours d’une crise, ils ne justifient un diagnostic séparé de trouble dissociatif que s’ils persistent de manière indépendante, intense et prolongée en dehors de tout épisode de panique
Des attentes réalistes sur la prise en charge : comment guérir ?
Le trouble panique engendre une souffrance immense et un handicap fonctionnel sévère, souvent aggravé par un risque suicidaire accru. Cependant, c’est une pathologie qui se soigne extrêmement bien. La prise en charge doit être menée par un spécialiste avec des objectifs réalistes et progressifs :
- la thérapie comportementale et cognitive : c’est le traitement non médicamenteux de référence, qui s’appuie notamment sur l’exposition intéroceptive ; le thérapeute aide le patient à recréer de manière très contrôlée et sécurisée les sensations physiques redoutées, par exemple en courant sur place pour faire monter le rythme cardiaque ou en respirant à travers une paille pour modifier le souffle, afin que le cerveau réapprenne que ces sensations ne sont pas dangereuses
- le traitement médicamenteux : dans les formes modérées à sévères, un médecin psychiatre peut prescrire des antidépresseurs spécifiques, principalement des ISRS, qui régulent la chimie cérébrale sur le long terme pour diminuer la fréquence et l’intensité des crises ; les anxiolytiques de type benzodiazépines, bien qu’efficaces pour calmer une crise aiguë, ne traitent pas le trouble de fond et présentent un risque important de dépendance s’ils sont utilisés au-delà de quelques semaines
- le traitement des comorbidités : il est très fréquent que le trouble panique s’accompagne d’autres souffrances, en particulier d’un épisode dépressif caractérisé, avec une comorbidité sur la vie entière allant de 10 % à 65 %, ou d’un trouble de l’usage de substances, comme l’automédication par l’alcool pour calmer l’angoisse ; une prise en charge globale et précoce est indispensable pour traiter l’ensemble de ces aspects
Si votre vie est rythmée par la peur d’une prochaine crise, sachez que vous n’êtes pas seul et que vous n’avez pas à subir ce fardeau en silence. Consulter un psychiatre ou un psychologue formé est le premier pas pour désactiver l’alarme déréglée de votre cerveau et reprendre pleinement le cours de votre vie.
Bibliographie scientifique
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- Kessler R.C., Chiu W.T., Demler O., et al. (2005) — Prevalence, severity, and comorbidity of 12-month DSM-IV disorders in the National Comorbidity Survey Replication.
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- Lewis-Fernández R., Hinton D.E., Laria A.J., et al. (2010) — Culture and the anxiety disorders: recommendations for DSM-V.
Consultation au cabinet à Toulon
Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par trouble panique pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.
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