Crises d’angoisse
Angoisse de séparation
L’angoisse de séparation est un trouble anxieux caractérisé par une peur excessive d’être éloigné de ses proches, qui peut débuter dans l’enfance ou persister à l’âge adulte.

Léo a 8 ans, et pour lui, chaque matin d’école est un véritable calvaire. Dès le réveil, son ventre se tord de douleur. Il se plaint de nausées, parfois de maux de tête violents. Ses parents ont d’abord pensé à un virus, mais ces symptômes disparaissent comme par enchantement dès qu’on lui annonce qu’il peut rester à la maison. Chez lui, Léo suit sa mère comme son ombre, incapable de rester seul dans une pièce, même pour quelques minutes. À la nuit tombée, le rituel du coucher devient interminable : il refuse de dormir dans son lit si sa mère ne reste pas assise à ses côtés jusqu’à ce qu’il s’endorme profondément. Et lorsqu’il y parvient enfin, son sommeil est régulièrement peuplé de cauchemars terrifiants où sa famille entière périt dans un incendie ou un terrible accident de voiture. Léo ne fait pas de caprices. Il souffre d’un trouble psychologique bien réel et invalidant : l’anxiété de séparation.
Qu’est-ce que l’anxiété de séparation ?
Il est tout à fait normal pour un très jeune enfant de ressentir de l’angoisse lorsqu’il est séparé de ses parents. Vers l’âge d’un an, l’anxiété de l’étranger et la peur de la séparation font partie du développement précoce normal et témoignent de la mise en place d’un attachement sécurisant.
On parle de trouble de l’anxiété de séparation lorsque cette peur devient excessive, inappropriée pour le stade de développement, et qu’elle persiste au point de handicaper gravement la vie quotidienne. Bien qu’elle débute le plus souvent dans l’enfance, elle peut aussi persister ou se manifester pour la première fois à l’âge adulte.
Les symptômes d’alerte
Pour poser le diagnostic clinique, il faut présenter au moins trois des manifestations suivantes de manière disproportionnée :
- une détresse excessive lors des séparations d’avec la maison ou les figures d’attachement, ou même en anticipation de celles-ci
- des soucis constants et excessifs concernant la perte, la maladie, l’accident ou la mort de ses proches
- une crainte permanente qu’un événement catastrophe (comme se perdre, être kidnappé ou avoir un accident) ne vienne séparer définitivement de ses figures d’attachement
- un refus systématique ou une réticence à sortir de la maison, à aller à l’école, au travail ou ailleurs par peur de l’éloignement
- une peur panique de rester seul à la maison ou dans d’autres environnements, se traduisant souvent par un comportement très « collant » chez l’enfant
- un refus persistant d’aller dormir sans être à proximité d’un proche ou de dormir à l’extérieur de la maison
- des cauchemars répétés dont le contenu exprime la séparation ou la destruction de la famille
- des plaintes physiques fréquentes (céphalées, douleurs abdominales, nausées, vomissements) lors des séparations ou en anticipation
Pour que le diagnostic soit posé, ces symptômes doivent persister pendant au moins quatre semaines chez les enfants et adolescents, et généralement six mois ou plus chez les adultes.
Qui est touché ?
L’anxiété de séparation est loin d’être un phénomène marginal. C’est en réalité le trouble anxieux le plus fréquent chez les enfants de moins de 12 ans.
- chez l’enfant : la prévalence oscille autour de 4 %. À cet âge, le trouble touche autant de garçons que de filles dans les consultations cliniques
- chez l’adolescent : il touche environ 1,6 % des adolescents. Les filles ont tendance à manifester plus de refus scolaire que les garçons
- chez l’adulte : environ 0,9 % à 1,9 % en souffrent. Dans la population générale adulte, les femmes sont plus fréquemment touchées. Chez l’homme adulte, le trouble s’exprime parfois de manière plus indirecte, par exemple en limitant ses activités autonomes ou en ressentant une détresse lorsque sa compagne ou ses enfants réalisent des projets seuls
Quelles en sont les causes ?
L’anxiété de séparation ne résulte jamais d’une seule cause, mais plutôt d’un entrelacement de facteurs biologiques et environnementaux :
- le terrain génétique : l’anxiété de séparation est fortement héréditaire chez les enfants, avec un impact encore plus prononcé chez les filles ; ces enfants présentent aussi une sensibilité particulièrement accrue au niveau respiratoire
- les événements de vie : le trouble apparaît très souvent à la suite d’un événement traumatisant ou d’une perte significative (décès d’un proche ou d’un animal de compagnie, maladie d’un proche, divorce des parents, déménagement, changement d’école, immigration) ; chez les jeunes adultes, des étapes de vie positives mais stressantes (quitter la maison parentale, démarrer une vie de couple, devenir parent) peuvent également le déclencher
- le style parental : une hyperprotection parentale ou des comportements intrusifs peuvent involontairement nourrir et entretenir cette anxiété en transmettant à l’enfant l’idée que le monde extérieur est intrinsèquement dangereux
Ne pas confondre avec d’autres troubles
Il est facile de confondre l’anxiété de séparation avec d’autres pathologies :
- anxiété généralisée : l’inquiétude porte sur de nombreux sujets (travail, factures, santé générale des proches, avenir), alors que dans l’anxiété de séparation elle est exclusivement focalisée sur l’éloignement physique d’avec les figures d’attachement et sur leur sécurité immédiate
- phobie sociale : le refus d’aller à l’école vient de la peur d’être moqué, humilié ou jugé par les autres, alors que dans l’anxiété de séparation il vient uniquement du désir de rester avec ses parents
- agoraphobie : les lieux publics, les foules ou les transports sont évités par peur de faire une crise de panique sans pouvoir s’échapper ou trouver de l’aide, alors que dans l’anxiété de séparation ils sont évités par crainte d’être éloigné de ses proches ou de ne pas pouvoir les contacter
- trouble des conduites : l’école buissonnière n’est pas un symptôme d’anxiété de séparation si l’adolescent passe ses journées dehors avec des amis au lieu de chercher à rejoindre le domicile familial
Aller voir un spécialiste : à quoi s’attendre ?
Si les symptômes entraînent une souffrance significative ou bloquent des activités essentielles (scolarité compromise, incapacité à travailler, impossibilité de dormir seul), il est fortement recommandé de consulter un psychologue, un psychiatre ou un pédopsychiatre.
Voici à quoi s’attendre lors de la prise en charge médicale et psychologique :
- une évaluation rigoureuse du contexte de vie, des comorbidités (comme l’anxiété généralisée ou la dépression qui coexistent fréquemment) et des antécédents familiaux
- la psychothérapie, en particulier les thérapies comportementales et cognitives, traitement de premier choix : identifier les pensées catastrophiques (« si je m’éloigne, mes parents vont mourir ») et s’y confronter très progressivement, avec des exercices d’exposition douce et graduelle à la séparation pour réhabituer le cerveau à la sécurité de l’autonomie
- l’implication de l’entourage : pour les enfants, la thérapie familiale ou la guidance parentale permet aux parents d’adopter des comportements rassurants mais non surprotecteurs, en évitant de valider l’évitement
La guérison ne se fait pas en un jour ; il s’agit d’un processus progressif. L’objectif n’est pas de détruire le lien d’attachement, qui est précieux, mais de le rendre plus serein et d’apprendre qu’on peut aimer intensément tout en vivant de manière autonome et épanouie.
Consultation au cabinet à Toulon
Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par angoisse de séparation pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.
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