Crises d’angoisse
Trouble anxieux généralisé
Le trouble anxieux généralisé se manifeste par des inquiétudes quasi permanentes et épuisantes.
Nous connaissons tous le stress : ce trac avant une réunion importante, cette inquiétude passagère quand un proche tarde à rentrer, ou cette tension liée aux fins de mois difficiles. C’est une réaction normale et utile. Mais imaginez que cette sensation de danger imminent ne s’arrête jamais, que le cerveau anticipe constamment le pire scénario possible pour absolument tout, de la météo aux courriels professionnels en passant par la santé des proches. C’est la réalité épuisante du trouble anxieux généralisé (TAG).
Le quotidien de Chloé
Chloé a 32 ans. Pour son entourage, elle est « celle qui prévoit tout », une femme organisée et perfectionniste. En réalité, elle vit dans une prison mentale invisible. Dès le réveil, une boule d’angoisse s’installe dans sa poitrine.
Ce matin, son mari a cinq minutes de retard pour partir au travail. Immédiatement, l’esprit de Chloé s’emballe : et s’il avait eu un grave accident ? Et si elle se retrouvait seule, comment paierait-elle le loyer ? À peine cette pensée s’apaise-t-elle qu’une autre prend le relais : a-t-elle bien éteint la machine à café ? Au bureau, elle relit dix fois ses e-mails de peur d’avoir commis une erreur qui pourrait lui coûter son emploi.
Cette inquiétude incessante dévore toute son énergie. Chloé est épuisée du matin au soir. Son corps est en état d’alerte permanent : tensions musculaires douloureuses dans la nuque et les épaules, maux de tête chroniques, et une fatigue que même dix heures de sommeil ne parviennent pas à soulager. Le soir, elle peine à s’endormir, ressassant les événements de la journée. Elle a le sentiment de vivre au bord d’une falaise, en attendant que la prochaine catastrophe se produise.
Qu’est-ce que l’anxiété généralisée ?
La caractéristique essentielle du trouble anxieux généralisé est une anxiété excessive et des soucis persistants, ce que les cliniciens appellent « l’attente avec appréhension », qui durent depuis au moins 6 mois. Ces soucis concernent des aspects variés de la vie quotidienne : le travail, l’école, les finances, la santé des proches ou les tâches ménagères ordinaires.
Plusieurs critères permettent de distinguer le TAG des soucis normaux que tout le monde éprouve :
- la difficulté de contrôle : une personne sans trouble peut mettre de côté ses inquiétudes pour se concentrer sur une tâche urgente, alors que dans le TAG l’inquiétude s’impose et parasite la concentration
- le caractère envahissant et disproportionné : les soucis sont disproportionnés par rapport à la probabilité réelle ou à l’impact de l’événement redouté, apparaissent souvent sans facteur déclenchant précis et touchent de nombreux domaines
- le cortège de symptômes physiques : contrairement aux petits tracas du quotidien, le TAG s’accompagne d’un état d’épuisement corporel et de manifestations somatiques intenses
Les critères diagnostiques
Pour poser le diagnostic, le médecin ou le psychiatre s’appuie sur la présence d’au moins trois des six symptômes suivants la plupart du temps au cours des six derniers mois (un seul symptôme suffit chez l’enfant) :
- l’agitation ou la sensation d’être survolté, « à bout » : une incapacité physique à rester immobile, une nervosité constante
- la fatigabilité : le sentiment d’être épuisé très rapidement, même sans effort physique particulier, car l’inquiétude constante consomme une énergie colossale
- des difficultés de concentration ou des trous de mémoire : l’esprit est tellement accaparé par les scénarios catastrophe que l’attention sature
- l’irritabilité : une réactivité émotionnelle accrue, une patience réduite et des tensions avec l’entourage
- une tension musculaire : des muscles constamment contractés et douloureux (nuque, dos, mâchoires serrées), parfois des tremblements
- des perturbations du sommeil : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes fréquents ou sommeil agité et non réparateur
Quelques chiffres simples
Le TAG est l’une des pathologies anxieuses les plus courantes à travers le monde. Dans la population générale, la prévalence sur douze mois est estimée à environ 2,9 % chez les adultes et 0,9 % chez les adolescents ; à l’échelle internationale, les taux annuels varient de 0,4 % à 3,6 %. Le risque de développer un TAG au cours de la vie entière atteint environ 9 %.
Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes ; en milieu clinique, la proportion de femmes atteint 55 % à 60 %. Contrairement à d’autres troubles anxieux qui débutent souvent dans l’enfance ou l’adolescence, le TAG a un âge de début médian plus tardif, situé autour de 30 ans, même si de nombreux patients rapportent s’être sentis « anxieux depuis toujours ». Sans prise en charge adaptée, le trouble tend à devenir chronique, avec des symptômes qui fluctuent et s’aggravent lors des périodes de stress ; les rémissions spontanées complètes restent rares.
D’où vient le TAG ?
Le trouble anxieux généralisé ne résulte pas d’un manque de courage ou d’une simple faiblesse psychologique. C’est une pathologie multifactorielle :
- les facteurs génétiques et physiologiques : environ un tiers du risque de développer un TAG est d’origine génétique, des facteurs qui chevauchent largement ceux de l’affectivité négative et sont communs aux troubles dépressifs
- le tempérament : l’inhibition comportementale, l’affectivité négative et l’évitement actif du danger constituent des terrains propices
- les facteurs environnementaux : des épreuves ou traumatismes vécus durant l’enfance, ainsi qu’une surprotection parentale extrême, ont été corrélés au développement ultérieur du trouble
Ne pas confondre
Pour préparer sa consultation, il est utile de distinguer le TAG d’autres troubles qui partagent des symptômes d’anxiété :
- le trouble panique : l’anxiété est aiguë et se focalise sur la peur de refaire une attaque de panique (peur de mourir, de devenir fou, de s’évanouir), alors que dans le TAG l’anxiété est diffuse, durable, et porte sur des situations concrètes de la vie quotidienne
- la phobie sociale : la personne s’inquiète spécifiquement du jugement d’autrui lors d’interactions ou de performances publiques, alors que dans le TAG l’inquiétude porte sur les performances même en dehors du regard des autres
- le trouble obsessionnel-compulsif : les inquiétudes prennent la forme d’obsessions intrusives, bizarres ou magiques, neutralisées par des rituels rigides, alors que les soucis du TAG portent sur des problèmes réels et ne s’accompagnent pas de rituels
- l’anxiété liée à la santé : l’inquiétude est exclusivement centrée sur l’idée d’avoir ou de développer une maladie grave, alors que dans le TAG la santé n’est qu’un sujet d’inquiétude parmi d’autres
- le trouble dépressif caractérisé : l’anxiété est extrêmement fréquente lors d’une dépression ; si les soucis excessifs surviennent uniquement pendant un épisode dépressif majeur, on ne diagnostique pas de TAG séparé
Des attentes réalistes sur la prise en charge
Il est tout à fait possible de briser le cercle vicieux de l’inquiétude chronique. Voici les options de prise en charge validées :
- la thérapie comportementale et cognitive : la psychothérapie de référence, qui aide à identifier les schémas de pensée catastrophiques, à apprendre à tolérer l’incertitude et à mettre en place des techniques de relaxation musculaire
- la prise en charge médicamenteuse : pour les formes modérées à sévères, un psychiatre peut prescrire un traitement de fond (le plus souvent un antidépresseur régulateur de l’anxiété) ; les anxiolytiques de type benzodiazépines peuvent soulager une crise ponctuelle mais ne constituent pas un traitement de fond, en raison d’un risque d’accoutumance
- l’attention aux comorbidités : le TAG s’accompagne très fréquemment d’autres troubles mentaux, notamment la dépression ou d’autres troubles anxieux, ce qui nécessite d’évaluer globalement la santé mentale de la personne
Faire le premier pas
Consulter un psychologue ou un psychiatre n’est pas un aveu de faiblesse, mais le premier pas pour désamorcer l’alarme interne du cerveau et réapprendre à vivre pleinement dans le présent.
Bibliographie scientifique
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- Hettema J.M., Neale M.C., Myers J.M., et al. (2006) — A population-based twin study of the relationship between neuroticism and internalizing disorders.
- Goldberg D.P., Krueger R.F., Andrews G., Hobbs M.J. (2009) — Emotional disorders: cluster 4 of the proposed metastructure.
Consultation au cabinet à Toulon
Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par trouble anxieux généralisé pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.
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