Crises d’angoisse
Hypochondrie
La crainte excessive d’avoir une maladie (Illness Anxiety Disorder) se caractérise par une préoccupation obsessionnelle pour la santé alors que les symptômes physiques sont absents ou de très faible intensité.
Une légère sensation de vertige en vous levant, un sifflement d’oreille passager, ou un petit muscle qui tressaute involontairement... Pour la plupart des gens, ces événements corporels passent totalement inaperçus. Mais pour d’autres, ils déclenchent instantanément une tempête intérieure. L’esprit s’emballe, analyse, compare, et formule un verdict terrifiant : « c’est le début d’une sclérose en plaques, d’une tumeur ou d’une maladie mortelle. »
Si vous vivez dans cette surveillance constante de votre propre corps, sachez que votre souffrance est réelle et qu’elle se soigne. En psychiatrie, ce que l’on appelait historiquement l’« hypocondrie » a été profondément redéfini. Aujourd’hui, le DSM-5 classe la majorité de ces situations sous le diagnostic de trouble à symptomatologie somatique, mais réserve à une minorité de patients un diagnostic précis : la crainte excessive d’avoir une maladie.
S’auto-observer : êtes-vous concerné ?
Pour poser un diagnostic, les psychiatres s’appuient sur cinq critères fondamentaux issus du DSM-5 :
- la préoccupation obsessionnelle : vous êtes envahi par la crainte d’avoir ou de développer une maladie médicale grave et non diagnostiquée
- le silence du corps, ou la bénignité : c’est le point clé qui distingue ce trouble ; vos symptômes physiques sont absents ou de très faible intensité, souvent une sensation physiologique normale (un vertige orthostatique en se levant brusquement) ou un inconfort classique ; la détresse ne vient pas de la douleur elle-même, mais de la signification catastrophique que vous lui attribuez
- l’anxiété de santé : vous présentez un degré d’anxiété très élevé concernant votre santé en général, vous vous inquiétez ou vous alarmez facilement, par exemple en entendant parler d’un cas de maladie autour de vous
- les comportements inadaptés : pour calmer votre angoisse, vous développez des stratégies qui entretiennent le trouble ; le type « à demande de soins » passe son temps à s’auto-examiner, à faire des recherches sur Internet et à multiplier les consultations, tandis que le type « évitant les soins » fuit activement les hôpitaux et les cabinets médicaux, de peur qu’un médecin ne confirme ses pires cauchemars
- la durée : ces préoccupations et ces comportements durent depuis au moins 6 mois, même si la maladie redoutée change au cours de cette période
L’épidémiologie : qui est touché ?
Regarder les statistiques permet de comprendre que ce trouble n’a rien d’une anomalie isolée. C’est une pathologie fréquente et universelle :
- la prévalence : on estime qu’elle touche entre 1,3 % et 10 % de la population générale sur une période d’un à deux ans ; dans les cliniques médicales ambulatoires, ce taux oscille entre 3 % et 8 %
- une parfaite égalité des genres : contrairement à la majorité des autres troubles anxieux, qui touchent deux fois plus de femmes, la crainte excessive d’avoir une maladie présente une prévalence strictement identique chez les hommes et chez les femmes
- l’évolution avec l’âge : bien qu’elle puisse survenir à n’importe quel moment de la vie adulte, l’anxiété de santé augmente globalement avec l’âge ; chez les seniors, elle change souvent de cible pour se focaliser sur les pertes de mémoire et la crainte de la démence ; elle est extrêmement rare chez l’enfant
- les déclencheurs environnementaux : le trouble est fréquemment déclenché par une maladie grave vécue par un proche, ou par une alerte médicale personnelle finalement bénigne mais qui a suractivé le système d’alarme psychique ; avoir été gravement malade durant l’enfance ou avoir subi des abus sont également des facteurs de vulnérabilité identifiés
Une journée dans la vie de Marc
Pour mieux comprendre la réalité de ce trouble, glissons-nous dans le quotidien de Marc, 38 ans, comptable et père de famille.
Un matin, en se rasant, Marc remarque une minuscule tache rouge sur son torse. Pour n’importe qui, c’est un simple vaisseau éclaté sans importance. Pour Marc, c’est le signal d’un drame imminent. Son esprit échafaude immédiatement le pire des diagnostics : une leucémie foudroyante.
Une spirale s’enclenche. Marc s’isole dans son bureau et passe trois heures de sa journée de travail à chercher des articles médicaux sur Internet, comparant frénétiquement l’aspect de sa peau aux photos de pathologies graves. Il court se regarder dans le miroir des toilettes toutes les demi-heures pour vérifier si la tache s’étend ou si d’autres apparaissent.
Terrifié, il consulte son médecin traitant le soir même. Ce dernier l’examine, le rassure chaleureusement et lui explique que c’est un angiome bénin, totalement inoffensif. Mais le soulagement de Marc ne dure que quelques heures. Dès le lendemain, le doute s’infiltre : « et si le médecin était passé à côté d’un ganglion ? »
Marc prend rendez-vous chez deux autres médecins généralistes dans la même semaine et insiste pour obtenir un bilan sanguin complet. Bien que tous les résultats reviennent parfaits, l’angoisse persiste. Marc s’épuise dans des ruminations incessantes, n’arrive plus à se concentrer au travail, annule ses sorties amicales par peur de se fatiguer, et parle de sa santé en permanence à son épouse, créant une tension conjugale devenue presque insupportable. Le quotidien de Marc n’est pas gâché par une maladie du sang, mais bien par l’anxiété qui l’empêche de vivre.
Se faire soigner : des attentes réalistes pour retrouver la liberté
La crainte excessive d’avoir une maladie est une pathologie chronique sujette à des rechutes si elle n’est pas traitée. Elle s’accompagne d’un handicap social et d’une altération majeure de la qualité de vie. De plus, dans deux tiers des cas, environ 66 %, elle coexiste avec une autre pathologie psychiatrique comorbide, comme la dépression, un trouble obsessionnel-compulsif ou un trouble panique.
Heureusement, une prise en charge efficace et humaine existe :
Une démarche diagnostique rigoureuse
Le psychiatre travaillera toujours main dans la main avec votre médecin généraliste. La première étape indispensable est d’effectuer un bilan médical complet pour écarter toute affection neurologique, endocrinienne ou oncologique sous-jacente. La présence d’une réelle maladie physique n’exclut pas le diagnostic : si vous êtes effectivement malade mais que votre préoccupation et votre anxiété à cet égard sont manifestement démesurées et handicapantes au quotidien, un double accompagnement est nécessaire.
Briser le cercle vicieux grâce à la thérapie comportementale et cognitive
Puisque les examens à répétition et les rassurements médicaux ne calment pas l’anxiété à long terme, et peuvent même parfois l’exacerber paradoxalement, la thérapie comportementale et cognitive va cibler directement les mécanismes de maintien de la maladie :
- réduire les rituels de vérification : apprendre à espacer, puis à supprimer les auto-palpations compulsives et l’examen permanent de son corps
- se sevrer des recherches Internet : briser le réflexe de taper ses moindres sensations corporelles sur les moteurs de recherche
- tolérer l’incertitude : le cœur de la thérapie consiste à accepter que le risque zéro en médecine n’existe pas, et que l’on peut vivre pleinement et sereinement sans avoir le contrôle absolu sur chaque cellule de son corps
- réinterpréter les sensations : rééduquer le cerveau pour qu’il comprenne qu’un muscle qui saute ou un léger vertige temporaire est une manifestation normale de la vie du corps, et non un signal d’alarme mortel
Des attentes saines et réalistes
Le but du traitement n’est pas de vous transformer en une personne totalement indifférente à sa santé. S’inquiéter raisonnablement et consulter son médecin pour un bilan annuel est un comportement de prévention sain. L’objectif réaliste est que la maladie cesse d’être le centre de votre identité et de vos conversations, que vous puissiez retrouver un fonctionnement social, familial et professionnel épanoui, et que vous cessiez d’anticiper la mort pour enfin recommencer à vivre.
Consultation au cabinet à Toulon
Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par hypochondrie pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.
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