Troubles du sommeil
Terreurs nocturnes
La terreur nocturne appartient à la famille des parasomnies de l’éveil en sommeil non paradoxal : le cerveau tente de passer du sommeil profond à l’éveil, mais le réveil est incomplet, entraînant une crise brutale suivie d’une amnésie totale.
La tempête nocturne de Thibault
Il est un peu plus de minuit. Dans le calme de la chambre à coucher, Thibault, un ingénieur de 28 ans, s’est endormi depuis à peine deux heures. Soudain, le silence est brisé par un cri d’effroi strident, un hurlement à glacer le sang. Thibault se dresse d’un coup sec sur son lit. Ses yeux sont écarquillés, son visage exprime une terreur absolue, ses pupilles sont dilatées à l’extrême et il ruisselle de sueur. Paniquée, sa conjointe, Julie, allume la lumière et tente de le calmer. Elle le prend par l’épaule, lui parle doucement, mais Thibault la repousse violemment, le regard vide, fixant un point invisible dans l’obscurité comme s’il faisait face à un monstre. Il marmonne des mots incompréhensibles, son cœur bat à plus de 150 pulsations par minute. Puis, après cinq minutes de tempête, Thibault pousse un long soupir, s’allonge et se rendort instantanément.
Le lendemain matin, Thibault se réveille frais et dispos. Lorsque Julie, encore sous le choc et épuisée, lui raconte sa nuit, il tombe des nues : il n’a absolument aucun souvenir d’avoir crié, de s’être levé ou d’avoir repoussé sa compagne. Thibault vient de vivre une authentique terreur nocturne.
Qu’est-ce qu’une terreur nocturne ?
En psychiatrie, la terreur nocturne, ou pavor nocturnus, n’est pas considérée comme un simple cauchemar qui a mal tourné. Elle appartient à la famille des parasomnies de l’éveil en sommeil non paradoxal (N-REM). Les terreurs nocturnes surviennent généralement durant le premier tiers de la nuit, pendant les phases de sommeil lent profond. À ce moment-là, le cerveau tente de passer du sommeil profond à l’éveil, mais le réveil est incomplet : une partie du cerveau (le système moteur et les centres de la peur comme l’amygdale) se réveille brutalement et se met en mode alerte maximale, tandis que l’autre partie (le cortex préfrontal, siège de la conscience et de la mémoire) reste profondément endormie. Le patient est donc littéralement coincé entre la veille et le sommeil.
C’est ce qui explique les symptômes cliniques typiques de la crise :
- un début brutal : la crise s’ouvre presque toujours par un cri de panique ou des pleurs inconsolables
- une tempête physique, activation neurovégétative : le corps est en état de stress extrême, avec une accélération massive du rythme cardiaque qui peut doubler ou tripler, une respiration très rapide, une transpiration abondante et des pupilles dilatées
- une imperméabilité au réconfort : le sujet ne réagit pas ou très peu aux efforts de son entourage pour le rassurer ou le réveiller, il semble regarder « à travers » les personnes présentes
- une amnésie totale : c’est le marqueur le plus déroutant ; le lendemain matin, le patient ne se rappelle de rien, ou tout au plus d’une image isolée et effrayante, mais jamais d’une histoire construite
Qui est touché ? Une épidémiologie rassurante
La première chose à savoir pour déculpabiliser est que les terreurs nocturnes sont extrêmement fréquentes au cours du développement humain.
- chez le jeune enfant : c’est un phénomène presque banal, les études estiment que près de 37 % des enfants de 18 mois et environ 20 % des enfants de 30 mois connaissent des épisodes de terreurs nocturnes ; globalement, entre 10 % et 30 % des enfants feront au moins une crise au cours de leur enfance, avec une légère prédominance chez les filles
- chez l’adulte : le trouble décline naturellement avec l’âge et la maturation cérébrale, mais il persiste ou apparaît chez environ 2,2 % des adultes, avec une répartition parfaitement égale entre les hommes et les femmes
- la part de la génétique : le facteur de risque numéro un est familial ; le somnambulisme partage la même physiopathologie, et avoir un membre de sa famille proche touché multiplie le risque personnel par dix
Le guide de l’auto-diagnostic : ne pas confondre avec…
Pour savoir si vous ou votre proche souffrez bien de terreurs nocturnes, il est indispensable de faire la différence avec d’autres phénomènes nocturnes qui peuvent y ressembler :
- les cauchemars : c’est la confusion la plus fréquente, pourtant cliniquement ils n’ont rien à voir ; les cauchemars surviennent principalement en sommeil paradoxal, généralement durant la deuxième moitié de la nuit, tandis que les terreurs nocturnes surviennent en début de nuit ; après un cauchemar, le sujet se réveille immédiatement, complètement lucide et orienté, et garde un souvenir très précis et détaillé, alors qu’après une terreur nocturne, s’il se réveille, il est hagard, confus, désorienté et ne garde aucun souvenir
- le trouble du comportement en sommeil paradoxal : dans ce trouble, le patient « agit » ses rêves, souvent des rêves de combat ou de fuite violente, parce que son corps ne subit pas la paralysie musculaire normale du sommeil paradoxal ; il touche majoritairement les hommes de plus de 50 ans et peut être un signe précurseur de maladies neurologiques, alors que les terreurs nocturnes touchent surtout les sujets jeunes ; en cas de réveil, le patient se souvient très bien du rêve qui a déclenché ses mouvements
- les attaques de panique nocturnes : une personne souffrant de trouble panique peut se réveiller en sursaut en pleine nuit avec une sensation d’étouffement et une peur intense, mais l’attaque de panique provoque un réveil instantané et une conscience parfaite de la crise, sans confusion mentale ni amnésie le lendemain
- l’apnée obstructive du sommeil : les pauses respiratoires durant la nuit peuvent provoquer des réveils brutaux en sursaut avec une sensation d’étouffement et de panique, mais ces épisodes s’accompagnent de ronflements chroniques et d’une fatigue ou somnolence intense durant la journée
Quels sont les facteurs déclencheurs ?
Une crise de terreur nocturne survient rarement par hasard. Elle est souvent le fruit d’un terrain génétique propice réveillé par des facteurs environnementaux précis :
- la dette de sommeil : c’est le déclencheur numéro un, car manquer de sommeil augmente mécaniquement la proportion de sommeil lent profond lors des nuits de récupération, rendant les transitions de cycles plus instables
- le stress physique et émotionnel : une journée particulièrement anxieuse, un épuisement physique ou un changement de rythme
- la fièvre : chez l’enfant, un épisode fébrile est un déclencheur classique de terreurs nocturnes spectaculaires
- certains médicaments ou substances : la prise de sédatifs ou d’alcool peut fragmenter le sommeil et favoriser ces réveils incomplets
Quelle prise en charge et comment réagir ?
Face à un proche en pleine crise, la réaction de l’entourage est primordiale pour éviter de détériorer la situation.
La règle d’or : ne pas réveiller le patient
Tenter de réveiller de force une personne en proie à une terreur nocturne est souvent contre-productif : vous n’y arriverez probablement pas, car le cerveau est déconnecté des stimuli extérieurs ; vous risquez d’augmenter sa terreur, car se sentant agrippé ou secoué alors qu’il est dans un état de panique interne, le patient peut avoir un réflexe de défense violent ; vous risquez enfin de prolonger la crise ou de provoquer un réveil très pénible, marqué par une grande confusion.
La bonne attitude consiste à rester calme, à s’assurer simplement que le patient ne risque pas de tomber de son lit ou de se blesser contre un meuble, à lui parler d’une voix douce et monocorde sans le toucher s’il vous repousse, et à attendre que la tempête passe, généralement entre 1 et 10 minutes. Il se rendormira tout seul.
Les attentes sur la prise en charge médicale
Pour l’immense majorité des enfants, le trouble disparaît spontanément à l’adolescence. Aucune prise en charge n’est nécessaire en dehors de la réassurance des parents.
Chez l’adulte, si les crises sont fréquentes (plusieurs fois par mois), violentes, ou qu’elles altèrent la qualité de vie et le sommeil des proches, une consultation est recommandée.
- l’hygiène du sommeil : premier pilier du traitement, régulariser ses heures de coucher, s’assurer d’un temps de sommeil suffisant pour éviter la dette de sommeil et réduire les stimulants (café, alcool)
- les psychothérapies (TCC) : traiter l’anxiété générale ou le stress diurne par des thérapies comportementales et cognitives permet souvent de faire chuter la fréquence des crises nocturnes
- la sécurisation de la chambre : si les terreurs nocturnes s’accompagnent de somnambulisme, ce qui arrive souvent, il convient de sécuriser les fenêtres, d’éviter les objets tranchants ou pointus près du lit et de dégager le sol de la chambre
Bibliographie scientifique
- Nguyen B.H., et al. (2008) — Sleep terrors in children: a prospective study of twins.
- Ohayon M., et al. (1999) — Night terrors, sleepwalking, and confusional arousal in the general population: their frequency and relationship to other sleep and mental disorders.
- Derry C.P., et al. (2009) — NREM arousal parasomnias and their distinction from nocturnal frontal lobe epilepsy: a video EEG analysis.
- Schenck C.H., et al. (1997) — A parasomnia overlap disorder involving sleepwalking, sleep terrors, and REM sleep behavior disorder in 33 polysomnographically confirmed cases.
Consultation au cabinet à Toulon
Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par terreurs nocturnes pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.
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