Crises d’angoisse

Stress post-traumatique

Face à un événement d’une violence extrême, le corps et l’esprit sont projetés dans un état de crise ; parfois cette blessure ne cicatrise pas et se chronicise en trouble stress post-traumatique.

Face à un événement d’une violence extrême, un accident de voiture terrifiant, une agression physique ou une catastrophe naturelle, le corps et l’esprit sont instantanément projetés dans un état de crise. Ce que l’on ressent dans les heures et les jours qui suivent n’est pas une anomalie : c’est une réaction d’urgence naturelle. Cependant, pour certaines personnes, cette blessure psychologique refuse de cicatriser et se transforme en une maladie chronique invalidante.

Il est essentiel de comprendre la différence fondamentale entre la réaction aiguë de stress, une réponse normale et transitoire, et le trouble stress post-traumatique, sa chronicisation douloureuse, ainsi que le rôle du principal responsable de ce blocage : l’évitement cognitif.

Le quotidien de Laurent

Laurent a 40 ans, il est enseignant. Il y a six mois, sa vie a basculé lors d’un carambolage d’une violence inouïe sur l’autoroute, sous une pluie battante. S’il s’en est sorti sans blessure physique majeure, son esprit, lui, est resté coincé sur le bitume.

Immédiatement après l’accident, Laurent présentait ce que l’on appelle une réaction aiguë de stress. Il était hagard, tremblait de tout son corps, sursautait au moindre bruit de freinage et revoyait sans cesse les phares de la voiture foncer sur lui. Ces symptômes, bien que terrifiants, constituaient une réaction normale de son organisme face à l’imminence de la mort. Son cerveau tentait d’assimiler le choc.

Mais pour échapper à cette angoisse intolérable, Laurent a mis en place une stratégie redoutable : l’évitement. Il a commencé par refuser de reprendre l’autoroute, effectuant de longs détours par les routes nationales. Puis il a refusé d’en parler avec sa femme, fuyant la moindre discussion sur le sujet. Dès qu’un souvenir de l’accident traversait son esprit, il se forçait à penser à autre chose ou augmentait sa consommation d’alcool le soir pour « éteindre » son cerveau.

Aujourd’hui, Laurent ne vit plus, il survit. Il fait de terribles cauchemars chaque nuit, se réveillant en sueur. En journée, il est en proie à des flashbacks violents où il revit la scène comme s’il y était à nouveau. Il est devenu extrêmement irritable, crie sur ses élèves pour un rien, souffre d’une fatigue permanente due à une hypervigilance constante, et s’est coupé émotionnellement de ses proches, se sentant incapable d’éprouver de la joie ou de la tendresse. Laurent est entré dans la chronicité : il souffre d’un trouble stress post-traumatique.

La réaction aiguë de stress : une alarme d’urgence temporaire

La caractéristique essentielle du trouble stress aigu, communément appelé réaction aiguë de stress, est le développement de symptômes invalidants qui surviennent immédiatement après l’exposition à un événement traumatique majeur (menace de mort, blessure grave ou violence sexuelle).

Cliniquement, pour poser ce diagnostic, les symptômes doivent persister pendant une durée allant de 3 jours à 1 mois après l’événement. S’ils disparaissent en moins de trois jours, on considère qu’il s’agit d’une réaction normale de stress qui ne nécessite pas d’étiquette diagnostique. Le trouble se manifeste par une combinaison de symptômes répartis en cinq grandes catégories :

  • les symptômes envahissants : souvenirs intrusifs et involontaires de l’événement, rêves pénibles récurrents
  • l’humeur négative : incapacité persistante à ressentir des émotions positives (bonheur, satisfaction)
  • les symptômes dissociatifs : sentiment d’irréalité de l’environnement (déréalisation), impression d’être détaché de son propre corps (dépersonnalisation), ou amnésie partielle du traumatisme
  • les symptômes d’évitement : efforts délibérés pour fuir les souvenirs ou les rappels externes (lieux, personnes)
  • les symptômes d’éveil : troubles du sommeil, irritabilité, hypervigilance, difficultés de concentration et sursaut exagéré

Le stress post-traumatique : quand la machine à digérer bloque

Le trouble stress post-traumatique se distingue de la réaction aiguë principalement par sa durée et sa persistance. On en parle lorsque la perturbation et les symptômes (envahissement, évitement, altérations cognitives et hypervigilance) durent depuis plus d’un mois et entraînent une souffrance ou une altération significative de la vie sociale et professionnelle.

Le TSPT représente la chronicisation de la réaction aiguë. Mais pourquoi le cerveau de certaines personnes parvient-il à digérer le trauma tandis que d’autres restent bloqués ? Le grand coupable est l’évitement cognitif.

Pour comprendre, imaginez que le cerveau possède une « machine à digérer » les souvenirs (le cortex préfrontal et l’hippocampe) qui transforme une expérience vécue en un souvenir du passé, rangé dans la mémoire à long terme. Lors d’un traumatisme, la charge émotionnelle est si gigantesque que le souvenir reste bloqué dans l’amygdale, le centre de la peur, brut et brûlant.

Si la personne accepte de ressentir l’anxiété, de repenser progressivement à l’événement et d’en parler, son cerveau « rejoue » le souvenir dans un cadre sécurisé. C’est le processus naturel d’habituation et d’intégration : le souvenir perd de sa charge émotionnelle et finit par être classé comme « passé ».

En revanche, si la personne pratique l’évitement cognitif, en chassant activement ses pensées, en fuyant les indices du trauma, ou en utilisant l’alcool ou les médicaments pour engourdir ses émotions, elle coupe la machine à digérer. Le souvenir traumatique reste intact, actif et hautement inflammable au fond de l’inconscient. Dès qu’un stimulus externe ressemble de près ou de loin au trauma, le souvenir intact explose sous forme de flashback ou de crise de panique. L’évitement soulage l’anxiété à court terme, mais il verrouille la maladie à long terme.

Quelques chiffres simples

Aux États-Unis, le risque de développer un TSPT au cours de la vie entière est estimé à environ 8,7 %, avec une prévalence sur un an de 3,5 % chez les adultes. En Europe et dans la plupart des pays d’Asie ou d’Afrique, les estimations annuelles sont plus basses, oscillant entre 0,5 % et 1 %.

Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes par le TSPT et le stress aigu, en partie parce qu’elles sont plus souvent exposées à des traumatismes à haut risque de chronicisation, comme les viols et les violences interpersonnelles. Les taux de TSPT sont extrêmement élevés chez les vétérans de guerre et les personnes dont la profession expose au danger (policiers, pompiers, personnel médical d’urgence). Chez les survivants de viol, de combat militaire ou de génocide, la prévalence du trouble peut atteindre un tiers à plus de la moitié des personnes exposées.

Environ la moitié des personnes qui développent un TSPT présentaient initialement un trouble stress aigu dans le premier mois. Le stress aigu est donc un signal d’alarme majeur, mais il n’est pas une fatalité : l’autre moitié des personnes concernées guérit spontanément sans basculer dans le TSPT. Le taux de stress aigu dans le mois suivant un événement varie selon sa nature : il est inférieur à 20 % pour les événements non interpersonnels (13 à 21 % après un accident de la route, 14 % après un traumatisme crânien léger, 10 % après une brûlure grave), mais grimpe entre 20 % et 50 % après un traumatisme interpersonnel intentionnel (agression, viol ou fusillade de masse).

Ne pas confondre

Pour s’orienter efficacement, il est utile de distinguer d’autres troubles qui partagent des symptômes communs avec le TSPT mais exigent des approches différentes :

  • les troubles de l’adaptation : la personne développe des symptômes émotionnels inadaptés en réaction à un facteur de stress de la vie quotidienne (séparation conjugale, licenciement, difficultés financières), qui n’a pas la nature dramatique d’une menace de mort imminente requise pour le TSPT, et sans le profil typique d’intrusions et d’évitements massifs
  • le trouble obsessionnel-compulsif : il comporte des pensées intrusives répétitives, mais ce sont des obsessions (peur des microbes, doutes magiques) qui ne sont pas liées à un événement traumatique réellement vécu, et qui s’accompagnent de compulsions destinées à apaiser l’anxiété
  • le trouble dépressif caractérisé : s’il partage avec le TSPT l’anhédonie, la tristesse et le retrait social, la dépression classique ne comporte ni symptômes de reviviscence (flashbacks) ni évitement actif des stimuli associés à un événement particulier

Des attentes réalistes sur la prise en charge

Le stress post-traumatique n’est pas une fatalité. Le cerveau conserve sa plasticité et peut réapprendre à digérer le trauma :

  • la thérapie comportementale et cognitive centrée sur le trauma : le traitement de choix, qui utilise des protocoles d’exposition prolongée, en imagination et en réalité. Sous l’accompagnement bienveillant et sécurisé du thérapeute, la personne est invitée à raconter l’événement et à se confronter aux situations évitées, ce qui brise l’évitement cognitif et permet au cerveau de traiter l’information émotionnelle. La thérapie d’intégration par les mouvements oculaires (EMDR), qui s’apparente aux TCC, repose sur ces mêmes principes d’exposition
  • la prise en charge médicamenteuse : pour les formes modérées à sévères, un psychiatre peut prescrire un traitement antidépresseur (souvent de la famille des ISRS), qui réduit l’hyperactivité de l’amygdale cérébrale et diminue l’intensité des crises de panique, de l’hypervigilance et de l’irritabilité, rendant le travail d’exposition plus tolérable
  • la vigilance sur les comorbidités : plus de 80 % des personnes souffrent d’au moins un autre trouble comorbide (dépression caractérisée, trouble anxieux ou dépendance à l’alcool et aux substances utilisées pour s’auto-médiquer). En raison de la souffrance psychique insupportable qu’il génère, le TSPT est fortement associé à des idées noires et à des tentatives de suicide ; une évaluation psychiatrique précoce est indispensable pour sécuriser la personne et engager une prise en charge adaptée

Demander de l’aide

Les manifestations peuvent apparaître à distance de l’événement et persister lorsqu’elles ne sont pas prises en charge. Une consultation permet d’évaluer la situation et de discuter d’un accompagnement adapté.

Bibliographie scientifique

  • Kessler R.C., et al. (2005a/2005b) — Lifetime prevalence and age-of-onset distributions of DSM-IV disorders in the National Comorbidity Survey Replication ; Prevalence, severity, and comorbidity of 12-month DSM-IV disorders.
  • Bryant R.A., Friedman M.J., Spiegel D., et al. (2011) — A review of acute stress disorder in DSM-5.
  • Andrews B., Brewin C.R., Philpott R., Stewart L. (2007) — Delayed-onset posttraumatic stress disorder: a systematic review of the evidence.
  • Warda G., Bryant R.A. (1998) — Cognitive bias in acute stress disorder.
  • Smith K., Bryant R.A. (2000) — The generality of cognitive bias in acute stress disorder.

Consultation au cabinet à Toulon

Le Dr Christophe Dufour reçoit à Toulon les patients concernés par stress post-traumatique pour un premier temps d’évaluation clinique et un accompagnement individualisé, en lien si besoin avec les autres professionnels de santé impliqués dans le suivi.

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